jeudi 19 mai
Sur le Rhône, de Chanaz à Murs

Une fois n’est pas coutume, la soirée d’hier a été calme et la nuit relativement longue. Nous reprenons notre voie fluviale à l’embouchure du canal de Savière, canal qui relie le lac du Bourget au Rhône et qui borde le bourg de Chanaz. La journée se déroule tranquillement sur le fleuve. L’équipe de tournage suit par la route et cherche des points de vue pour filmer la barge, souvent de manière acrobatique. Nous pique-niquons autour d’un petit lac entre deux écluses et il est difficile de résister à la tentation de la baignade.
Les différents affluents que nous croisons ne gardent que peu de traces des ports d’embarquement du passé vers lesquelles débouchaient les voies de terre permettant d’accéder aux régions plus lointaines. Pourtant, jusqu’au milieu du XIXe siècle (développement du réseau de chemin de fer), le Rhône représentait une voie de communication de première importance, et ce depuis l’époque romaine.
De Seyssel à Lyon, la « décize » (descente) de152 km prenait entre 12 et 18 heures selon le courant et était possible la plupart de l’année, malgré deux à trois mois très difficiles. La « remonte » prenait entre 18 et 36 jours, et il fallait des équipages de 4 chevaux pour hâler les bateaux dans certains passages. Elle n’était possible que 7 à 8 mois dans l’année. Sa difficulté faisait que de nombreuses embarcations (souvent de grande taille : de 25 à 40 mètres) étaient désossées à Lyon et vendues à perte comme bois au détail. Avant le XVIe siècle, le hâlage se faisait par traction humaine et à l’époque romaine, par des esclaves.
Les accidents de navigations étaient fréquents. Crues, rapides, tourbillons et embarcations peu manoeuvrables en perte de contrôle en étaient les causes principales. Ils conduisaient à la déprédation de marchandises, mais aussi parfois à des conséquences nettement plus graves, par exemple en 1715 lorsque deux marchands de Charmey perdirent la vie suite au naufrage de leur barque.
En raison de ces dangers, les mariniers, ou naufetiers comme ils étaient appelés multipliaient les protections spirituelles. Saint-Nicolas, patron de leur corporation et protecteur des navigateurs dans de nombreuses régions, était célébré annuellement par une grande fête. À chaque transport, la Vierge du Bon Départ était saluée dans sa niche rocheuse lors de la décize. Au retour, le premier marinier qui apercevait la Vierge noire (ramenée des croisades, selon la légende locale), dont la chapelle trônait jusqu’à la Révolution au centre du pont de Seyssel, s’écriait « Salut à Notre-Dame » et tous s’inclinaient pour un Ave Maria.
Le trajet est tellement tranquille aujourd’hui qu’il est difficile de se représenter les dangers d’alors. Seules de nombreuses statuettes de la Vierge aperçues au fil de l’eau nous rappellent ce temps révolu.
Arrivés en fin d’après-midi à Murs, notre étape du soir, nous nous préparons pour diverses animations préparées par la confrérie des vins du Bugey.
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