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mercredi 18 mai

D'Usinens à Chanaz, via Seyssel


Nous partons d’Usinens après une nouvelle nuit festive et arrivons vers 9h30 à Seyssel, où des animations sont organisées sur les quais. Musique, exposition en plein air de l’histoire de la batellerie, musique, dégustation de vins locaux (le vignoble Seysselan utilise un cépage blanc rare, l’Altesse, cousin du Viognier) et, bien sûr, de Gruyère AOC : tout est en place pour une joyeuse matinée.

Nous déchargeons le convoi des voituriers et chargeons les tonneaux sur notre nouveau véhicule, une barge. Le Rhône d’aujourd’hui étant beaucoup plus calme qu’il y a quelques siècles et n’offrant en cette saison que très peu de courant, nous sommes obligés d’utiliser une barge à moteur.

La matinée se déroule dans la légèreté et tout se déroule à merveille. Du XVIe au XVIIe siècles, pourtant, Seyssel était un endroit hautement craint et régulièrement problématique. La ville disposait d’un double monopole : celui de l’eau puisque ses nombreux ports comptaient parmi les plus en amont sur le Rhône et celui de la route, puisque le seul pont permettant de traverser le Rhône a des lieues à la ronde s’y trouvait et que celui-ci marquait la frontière du Duché de Savoie.

Cette situation permettait la perception de nombreuses taxes : passage, garde, halage, gabelle, etc. Les Évêques de Sion y co-exploitaient même des entrepôts avec le Duc de Savoie, tant la route était importante et le transit de marchandises volumineux: sel, blé, vin, fromage, étoffes ou épices pour ne citer que les plus importantes.

Les taxes étaient souvent doublées d’exactions, que l’on appellerait aujourd’hui abus de pouvoir, dont les marchands étrangers subissaient particulièrement les conséquences. En 1594, par exemple, le Marquis de Tréfort, ou son lieutenant, confisquèrent 40 des 73 quintaux de fromages qui étaient transportés vers Lyon par des marchands fribourgeois. Ceux-ci furent même emprisonnés malgré toutes les ‘gratifications’ coutumières payées aux péagers en sus des taxes.

Les recours diplomatiques prenaient des années et étaient rarement couronnés de plein succès, car ils étaient souvent utilisés comme leviers pour rediscuter des soldes des mercenaires ou d’autres désaccords existant entre Leurs Excellences de Fribourg et le Duc de Savoie (ou le Roi de France selon les époques).

En raison des nombreuses taxes et des abus réguliers, la contrebande était importante et passait autant par le Rhône que par les montagnes avoisinantes. Les contrebandiers jetaient dans le fleuve bien en amont de Seyssel des ballots ou des tonneaux qu’ils récupéraient plusieurs kilomètres en aval. En réaction, les péagers installaient de nuit de grappins pour arrimer les chargements suspects.

Pour contrecarrer les grappins, toutes sortes de techniques furent développées, par exemple des troncs creusés comme des fontaines en bois puis remplis et refermés. La voie de terre était exploitée avec autant de créativité, puisque certains modifiaient leurs sabots pour mettre le talon en avant et ainsi faire croire qu’ils allaient à l’opposé de leurs traces. Des capes cousues de peau de hérisson furent même utilisées pour éviter, ou en tous cas compliquer, les interceptions manuelles lors de poursuites.

Vers 13h, notre barge commence sa descente sur le Rhône. Nous traversons d’impressionnantes écluses construites récemment et qui rendent à nouveau possible la navigation depuis Seyssel, qui avait été interrompue suite à la construction de barrages hydroélectriques dans les années 40-50.

Nous arrivons vers 17h à notre étape du soir : la charmante bourgade de Chanaz, petit écrin médiéval au bord de l’eau, dont les ruelles de maisons à fenêtres à meneaux et à toits de tuiles plates datant des XV et XVIes siècles voient défiler jusqu’à 150'000 touristes par saison.

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