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mardi 17 mai

A travers la Haute-Savoie: de Savigny à Usinens


Après une magnifique soirée et une courte nuit, nous reprenons la route. Le convoi est allégé d’une meule. Ce ne furent ni bandits, ni péages qui nous délestèrent, mais nos amis Savignerands dont la gourmandise restera légendaire. Ils nous ont demandé si nous accepterions de leur vendre une meule entière en souvenir de notre passage. Comme l’objectif de cette reconstitution est bien réel -aller vendre nos fromages à Lyon- nous avons accepté.

Lorsque les marchands parcouraient la route historique de commerce du Gruyère, il était fréquent qu’ils vendent du fromage en route, le plus souvent au détail. Un joli profit pouvait en être tiré. Ils en profitaient pour vendre leurs moins bons morceaux, qui aujourd’hui n’existent plus : les tests extrêmement rigoureux que l’IPG fait passer à chaque meule de Gruyère AOC ne permettent aucune dérogation quant aux standards de qualité.

Notre route continue au travers de la Haute-Savoie, par fort beau temps. Nous sommes surpris du nombre de descendants d’émigrés fribourgeois ou vaudois dans la région. Souvent, ils ont conservé une pratique d’agriculteurs ou de fromagers, prolongeant ainsi les savoir-faire que leurs ancêtres amenèrent avec eux lors des années de vaches maigres qui causèrent leur migration.

Le chemin est agréable et il faut un effort d’imagination pour concevoir les dangers que nos prédécesseurs ont pu rencontrer ; dangers dont nous parleront un peu ces prochains jours en fonction du parcours et des étapes. Pour l’instant, il s’agit d’une étape terrestre, le Rhône n’ayant jamais été navigable entre Genève et Seyssel (ce qui n’est pas surprenant lorsque l’on sait qu’un tiers de la dénivellation du Rhône entre Genève et Marseille s’échelonne sur la cinquantaine de kilomètres qui séparent Genève de Seyssel).

Les dangers principaux de cette étape étaient les loups, dont les registres paroissiaux, par exemple à Savigny, attestent souvent la présence. Les forêts étaient également connues pour être des coupe-gorge, car elles offraient des conditions parfaites pour les attaques de brigands. Ces derniers pouvaient disparaître aussi vite qu’ils avaient attaqué et ciblaient volontiers les marchands étrangers qui étaient loin de leur pays, et donc de leurs réseaux d’interconnaissance et de protection.

Rien de tout cela aujourd’hui. Les dangers viendraient plutôt de la route et de quelques chauffards, mais l’équipe envoie généralement un émissaire qui fait signe de ralentir dans les passages à faible visibilité. En début d’après-midi, nous avons une petite frayeur avec l’arrimage des tonneaux, mais heureusement sans conséquence. Il est vrai qu’avec des tonneaux pesant plusieurs quintaux, les accidents de charge ou de décharge devaient probablement être plus fréquents que les attaques de brigands ou de loups, mais des premiers les registres historiques ne parlent pas.

En début de soirée, nous arrivons à Usinens, où la réception est fort chaleureuse. Nous avons tellement pris le soleil aujourd’hui, qu’un petit peu de repos est nécessaire avant d’aller faire honneur à la fondue populaire du soir.

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